Mémoires et enjeux de la guerre d'Algérie
Mercredi 29 avril à l’Espace culturel, à 18 heures
par Rémi Dalisson, Professeur des universités en histoire, retraité
Depuis 1962 et la signature des accords d’ Evian, pas une année ne passe sans que la mémoire de la guerre d’Algérie ne revienne dans le
débat public, y compris lors des campagnes électorales ou chaque mois de mars, quand des maires refusent de la célébrer. Depuis 1962, pas une inauguration de rue « 19 mars, fin de la guerre d’Algérie
» ne se passe sans qu’elle ne soit perturbée par des incidents ou que sa dénomination n’en soit changée lors « contre-inaugurations ».
Et les querelles rebondissent jusque dans le domaine éducatif où les élèves de terminale doivent étudier « les mémoires de la guerre d’Algérie ». La mémoire du
conflit semble donc hanter la société française comme si, entre histoire et mémoire,
rien n’avait été encore tranché. Or, il n’est pas de meilleur indice de cette omniprésence et des enjeux de cette mémoire complexe, loin des simplifications et instrumentalisations dont elle est
l’objet, que la question de la commémoration de la fin de la guerre. Dans un pays comme la France, friand de cérémonies publiques et de pédagogie civique par la fête, la question de la commémoration
de la fin de la guerre synthétise tous les enjeux mémoriaux, identitaires et historiques de la question Algérienne. En replaçant cette « impossible commémoration » dans son contexte national, en
étudiant les divers groupes mémoriaux concernés, les nombreux héritages commémoratifs et les pratiques cérémonielles de terrain, Rémi Dalisson montre les stigmates de la guerre, le poids de sa
mémoire et son enjeu pour une nation traversée par de multiples interrogations identitaires et un rapport complexe au passé, y compris colonial.
Parcours professionnel
Professeur des universités, Rémi Dalisson est un élève de Maurice Agulhon, fondateur de l’histoire de la Marianne républicaine. Il est spécialisé dans l’étude des sociabilités et des politiques
culturelles aux XIXe-XXe. Après avoir enseigné quinze ans dans le secondaire, il fait sa thèse sur les fêtes publiques entre 1815 et 1939 qui définit une « sociabilité festive », un lieu où se
croisent des destins et se créent des solidarités sous l’oeil de l’Etat organisateur. Son HDR pousse cette étude jusque sous Vichy, grand consommateur de fêtes nationales. Dès lors, il travaille sur
les politiques symboliques permettant aux pouvoirs de se maintenir et d’accroître leurs audiences, mais aussi sur les rapports entre histoire et mémoire et les commémorations de guerre. Les voyages
propagandistes synthétisent toutes ces notions au service d’un projet politique. Il a publié un ouvrage sur les voyages de Pétain, largement inspirés de ceux de Napoléon III.